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La naissance d’une nouvelle alliance au service de l’innovation sociale

Visuel lancement Kiif

Ce jeudi 7 décembre, dix incubateurs d’innovation sociale ont donné le top pour lancer une alliance inédite : le Kiif. On peut décomposer cet étrange acronyme en «  Kollectif des Incubateurs d’Innovation sociale Français », mais on peut surtout y voir une immense envie de travailler ensemble.

Plus de 200 personnes étaient en ligne, “une preuve de la confiance de l’écosystème dans les alliances inter-territoriales pour accélérer la transition sociale et écologique depuis les territoires”, selon Léna Geitner, co-fondatrice du Kiif. « Nous avons des atomes crochus !, estime Elise Depecker, la co-présidente du Kiif et directrice d’Atis.

« Mais au-delà de nos métiers communs, l’histoire du Kiif, c’est une histoire de confiance entre des individus et des structures », dit Josépha Poret, la deuxième co-présidente et directrice de Ronalpia, « Ensemble, nous sommes convaincus que les entreprises sociales accélèrent les transitions sur nos territoires et que les incubateurs territoriaux ont un rôle à jouer pour leur permettre de se déployer. » 

L’histoire commence en 2016. Cette année-là, dans le sillage du dispositif La France S’engage, plusieurs incubateurs inventent ensemble des accompagnements dédiés aux innovations sociales qui souhaitaient essaimer. En 2018, ils sont ensuite sept à proposer avec Ashoka l’Appel à solutions, avec un déjà une idée en tête : l’approche systémique. Ce programme connaîtra trois éditions. 

En 2021, ces partenaires rêvent à une alliance. « Une alliance n’est pas une fin en soi, elle peut avoir plusieurs objectifs : une alliance de plaidoyer pour porter un message, une alliance d’apprentissage pour partager des bonnes pratiques, une alliance commerciale… », énumère Elise. 

« Il s’agit de faire ensemble ce que nous ne pourrions pas faire seuls »

Après un passage en revue de plusieurs démarches existantes, les partenaires s’accordent sur une alliance orientée vers l’action et la recherche-développement : expérimenter ensemble des nouvelles manières d’accélérer la transition sociale et écologique des territoires grâce aux entreprises sociales.

Défricher des filières audacieuses

Mais plus que des accompagnateurs, les membres du Kiif se vivent comme des innovateurs. Ils sentent la nécessité de défricher des problématiques de société universelles où trop de verrous et non-dits laissent des fragilités sans réponses. L’idée des filières audacieuses est de rendre possible un changement systémique en épaulant des écosystèmes d’acteurs. 

La première de ces filières audacieuses, c’est simplement la mort, avec ses deux corollaires : la fin de vie et le deuil. Dès début 2024, le Kiif lancera un programme d’accompagnement et une communauté d’acteurs à l’usage des innovations sociales qui permettent de changer de regard sur la mort. 

« Pourquoi cette thématique ?, interroge Pierric Hourçourigaray, directeur de l’Adress. Parce de nombreux projets qui apportent des solutions nouvelles aux personnes endeuillées et en fin de vie manquent de financements, d’accompagnement et d’opportunités de déploiement alors que les besoins sont immenses et la thématique pour le moins universelle. »

Faire Système 

Si le Kiif a dix membres, on recense au total 130 accompagnateurs de l’innovation sociale en France réunis au sein de la communauté Émergences de l’Avise. Pourtant, le collectif ne se conçoit pas comme un club fermé.

« Notre alliance est aussi un moyen de partager d’abord à 10 puis plus largement les signaux faibles des territoires et des outils que nous expérimentons », affirme Jérôme Schatzman, directeur d’Antropia-Essec.

Dans cet esprit, les partenaires travaillent sur un référentiel d’évaluation d’impact des accompagnateurs de l’innovation sociale qui sera disponible fin 2024.

Carte_KIIF_avec-ecosolies

Être le premier et dernier kilomètre 

Nous avons beau vivre dans un monde connecté, les acteurs de terrain ont parfois du mal à être identifiés par les acteurs nationaux, notamment financiers, et réciproquement, les acteurs nationaux peinent à repérer les innovations de terrain. Forts de leur implantation sur 27 territoires de France et de leurs alliances locales, les membres du Kiif sont bien placés pour établir ces connexions. « Nous sommes le premier et dernier kilomètre de l’ancrage territorial », concluent les fondateurs du Kiif dans une métaphore logistique. 

La coopération : un investissement de long terme pour une vision plus systémique

De bonnes fées se penchent sur le berceau du Kiif. La Fondation Entreprendre, la Fondation de France financent l’amorçage de cette alliance, d’autres comme Le Fonds social européen via l’Avise, Malakoff Humanis, AG2R La Mondiale, la Fondation la France S’engage, la Fondation Cognacq-Jay, la MSA, Préviséo Obsèques collaborent avec le collectif pour déployer des accompagnements. Leur idée est une idée neuve : faire confiance à une alliance d’acteurs pour accélérer l’innovation sociale territoriale. 

« Les sujets de société étant de plus en plus complexes, travailler ensemble devient de plus en plus important. L’enjeu est d’avoir une vision plus systémique de notre activité ? Mais faire alliance est loin d’être évident. Coopérer prend du temps pour aligner collectivement une gouvernance sur sa raison d’être. C’est contre-intuitif dans un monde dominé par l’urgence : on a tendance à vouloir être tout de suite dans l’action. 

Historiquement, la philanthropie préfère financer des actions de terrain avec un impact mesurable. Or, le temps de la coopération doit être financé.

C’est pourquoi nous sommes fiers de soutenir la première année d’émergence du Kiif.

Thibault de Saint Simon, directeur de la Fondation Entreprendre.